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(fr) Monde Libertaire - L’ Internationale syndicale rouge (14e partie)

Date Sat, 1 Aug 2020 17:10:43 +0100


Les illusions des syndicalistes révolutionnaires tombent ---- A l’ouverture du 2e congrès de l’Internationale communiste (1920), les illusions des syndicalistes révolutionnaires les moins naïfs étaient tombées. L’Internationale communiste ne serait pas une association souple d’organisations conservant leur autonomie mais une armée disciplinée obéissant à des règles décidées par Moscou, adoptant le programme décidé par Moscou et appliquant la politique décidée par Moscou. Les bolcheviks faisaient tout ce qu’ils pouvaient dans ce sens. L’Internationale, forte de ses 21 conditions d’adhésion, était l’organe qui devait faire passer les ordres aux partis membres. Les bolcheviks étaient en mesure de décider qui présidait les commissions de travail; ils avaient les moyens de gérer les divergences d’opinion lors des réunions du congrès, ils pouvaient même contrôler les votes. Sur environ 169 voix qui s’exprimaient au congrès, 136 représentaient des organisations communistes, dont 64 Russes. Les bolcheviks avaient de cette manière l’assurance que leurs positions seraient en toute circonstance majoritaires. ---- Zinoviev présenta un document statuant qu’aucune révolution ne saurait avoir lieu sans qu’il y ait un parti communiste indépendant: l’objectif de la lutte des classes, qui se transforme inévitablement en guerre civile, dit ce texte, est la conquête du pouvoir politique. Cette thèse allait à l’encontre des celles des industrialistes américains des IWW et des syndicalistes révolutionnaires français et britanniques dont les positions anti-parti étaient accusées d’aider à soutenir la bourgeoisie et les social-démocrates contre-révolutionnaires[note]. Sans parti communiste, la classe ouvrière est un corps sans tête. Le syndicalisme révolutionnaire avait constitué un progrès dans la lutte contre le programme contre-révolutionnaire de la IIe Internationale, mais en comparaison avec le marxisme révolutionnaire, le syndicalisme révolutionnaire et l’industrialisme sont un pas en arrière.

Les syndicalistes révolutionnaires n’étaient pas préparés à une telle attaque frontale. Le discours d’ouverture de Zinoviev provoqua de vives protestations. Le Britannique Tanner en particulier mit en avant le rôle révolutionnaire des délégués d’atelier (shop stewards) qui, dans les comités d’usine, avaient à lutter contre les travaillistes. Le mouvement des comités d’usine pouvait constituer un guide efficace sans pour autant former un parti politique. Tanner demanda si les bolcheviks s’imaginaient qu’ils avaient des choses à enseigner à l’Occident sans rien avoir à en apprendre. Il fallait, déclara-t-il, que les organisations dans l’Internationale aient un certain degré d’autonomie.

« Cependant pour un certain nombre de délégués, c’était la question du parti politique lui-même qui se trouvait d’abord posée; ceux-là n’avaient jamais jusqu’alors appartenu à un parti politique; toute leur activité se développait au sein des organisations ouvrières. C’est ce que Jack Tanner vint dire à la tribune. Il expliqua comment, pendant la guerre, s’étaient développés les “shop stewards committees”, l’importance nouvelle qu’ils avaient prise en s’opposant à la politique des leaders trade-unionistes engagés à fond dans la politique belliciste du gouvernement britannique. La dure bataille qu’ils avaient menée, non sans risques, pendant la guerre, les avait tout naturellement conduits à donner aux comités d’usine un programme révolutionnaire et à rallier, dès l’origine, la Révolution d’Octobre et la 3e Internationale. Mais leur action s’était toujours développée hors du Parti, et dans une bonne mesure contre le Parti dont certains dirigeants étaient les mêmes hommes qu’ils trouvaient devant eux dans les luttes syndicales. Leur propre expérience des années passées n’avait pu que renforcer leurs convictions syndicalistes: la minorité la plus consciente et la plus capable de la classe ouvrière pouvait seule orienter et guider la masse des travailleurs dans la lutte quotidienne pour leurs revendications aussi bien que dans les batailles révolutionnaires[note]. »

D’autres délégués soulignèrent que la IIIe Internationale prenait le contre-pied systématique de la IIe Internationale par dogmatisme – accusation qui déplut fort à Lénine, qui fit remarquer que l’Internationale n’aurait pas lieu d’exister si chaque organisation qui la composait était libre de prendre ses propres décisions. A Tanner, il répondit: « la minorité consciente de la classe ouvrière, cette minorité active qui doit guider son action, mais c’est le parti; c’est ce que nous, nous appelons le parti ». La classe ouvrière n’est pas homogène, ajoute Lénine, et pour rallier « la grande masse des travailleurs », « la minorité doit s’organiser, créer une organisation solide, imposer une discipline basée sur les principes du centralisme démocratique; alors, vous avez le parti[note]. »

Pestaña, le délégué espagnol, dit à peu près le même chose que Tanner, mais, à la différence de celui-ci, « qui ne représentait que des groupements encore peu nombreux et se développant en marge de l’organisation syndicale centrale, Pestaña pouvait parler au nom de la “Confederacion Nacional del Trabajo” », qui revendiquait un million d’adhérents. L’intervention de Pestaña est extrêmement intéressante parce qu’elle souligne par anticipation la différence entre la révolution russe et ce que sera la révolution espagnole vingt ans plus tard. Pour lui, les origines d’une révolution se trouvent dans un ensemble de déterminations culturelles du peuple, dans la disparité entre « ses aspirations et l’organisation qui la commande et la gouverne »; la révolution apparaît dans « le processus évolutif complexe qui requiert l’effort de plusieurs générations »[note]. Il ajoute: « Aucun parti ne peut s’arroger le privilège d’être le seul à créer ce processus . (…) Vous n’avez pas fait la révolution en Russie seuls », déclara-t-il aux bolcheviks: « vous avez contribué à la faire et vous avez été assez chanceux pour arriver au pouvoir »[note].

Pestaña se plaint dans son rapport qu’il est contraint de quitter la tribune au bout de dix minutes mais que Trotsky lui succède pour le contrer pendant trois quarts d’heure. Trotsky tient absolument à convaincre les délégués espagnols, américains et français de la nécessité du parti « pour l’accomplissement de la tâche historique présente, le renversement de la bourgeoisie ». Il affirme que lorsqu’il était en France, il se sentait « un camarade parmi des camarades dans la compagnie de Monatte, de Rosmer et de leurs amis dont la plupart avaient un passé anarchiste. »

« Les syndicalistes français mènent leur travail révolutionnaire dans les syndicats. Quand je discute cette question avec Rosmer, nous avons un terrain commun. Les syndicalistes français, en défi aux traditions de la démocratie et à ses déceptions, disent: “Nous ne voulons pas de partis politiques, nous sommes partisans de syndicats ouvriers et d’une minorité consciente qui, dans leur sein, préconise et applique les méthodes d’action directe.” Qu’entendaient les syndicalistes français par cette minorité? Cela n’était pas clair à eux-mêmes; c’était un présage du développement ultérieur qui, en dépit des préjugés et des illusions, n’a pas empêché ces mêmes syndicalistes de jouer un rôle révolutionnaire en France et de rassembler cette petite minorité qui est venue à notre congrès international[note]. »

Pour les syndicalistes révolutionnaires français, cette minorité est

« …la fraction d’élite de la classe ouvrière française, une fraction qui a un programme clair et une organisation propre, une organisation dans laquelle toutes les questions sont discutées, où on prend aussi des décisions et où les membres sont liés par une certaine discipline. Par voie de simple conséquence de la lutte contre la bourgeoisie, de sa propre expérience et de l’expérience des autres pays, le syndicalisme français sera amené à créer le Parti communiste[note]. »

Quant à l’Espagne, Trotsky affirme que l’Internationale constitue un « Parti communiste international, c’est-à-dire l’unification des éléments avancés de la classe ouvrière qui ont apporté ici leurs expériences, les confrontent mutuellement, se critiquent l’un l’autre et, après discussion, prennent des décisions », et qu’il a bon espoir que lorsque Pestaña rentrera en Espagne il soumettra aux syndicalistes espagnols les résolutions du congrès de l’Internationale et que « ceux des syndicalistes espagnols qui s’uniront sur la base de nos thèses ne formeront rien d’autre que le Parti communiste espagnol »[note]. Sur ce point, Trotsky se trompait lourdement. Les centaines de milliers d’adhérents de la CNT espagnole (sans parler de ceux de l’UGT), ainsi que les dizaines de milliers de militants ouvriers, n’étaient pas particulièrement disposés à se soumettre à une « avant-garde » auto-proclamée de quelques centaines de personnes que constituaient l’un ou l’autre des deux partis communistes espagnols qui se concurrençaient sur le marché de la révolution.

Le délégué allemand Augustin Souchy souligna qu’une Internationale devait exprimer « l’esprit vivant du mouvement ouvrier », qu’on trouve « non pas dans les têtes des théoriciens mais dans le cœur des travailleurs ». Il affirmait que les bourgeois reconnaissaient la menace du mouvement syndicaliste révolutionnaire en le persécutant partout, alors qu’ils n’avaient aucune crainte des partis politiques ouvriers. Ce sont les partis politiques, et non l’antiparlementarisme, qui constituent le legs de la bourgeoise. Aux yeux de Souchy, les bolcheviks ont donné leur sanction aux méthodes parlementaires – allusion au « Front unique » préconisé par les bolcheviks, qui impose aux partis communistes de participer aux élections – au moment même où les éléments les plus avancés de la classe ouvrière deviennent de plus en plus anti-parlementaires. Il eût été préférable de tenir compte de ce qui se passait dans la classe ouvrière révolutionnaire plutôt que de partir « d’un point de vue dogmatique pour promouvoir le parlementarisme sous le prétexte que c’est bon pour la propagande, après l’avoir éjecté au son des trompettes ». Souchy conteste également le point de vue de Zinoviev selon lequel les syndicats sont incapables de réorganiser la vie économique de la société. Qui, demande-t-il, devrait organiser l’économie? « Des éléments bourgeois qu’on aurait organisés en partis, qui ne sont aucunement en lien (…) avec la vie économique, ou plutôt ceux (…) qui sont près de la source de la production et de la consommation »? (Second congrès de l’Internationale communiste.

Les syndicalistes révolutionnaires furent l’objet d’attaques répétées lors du débat sur le rôle du parti communiste et lors de l’ensemble des débats qui animèrent le congrès. Les thèses de Zinoviev passèrent sans difficulté, de même que celles de Boukharine légitimant la participation des révolutionnaires aux élections parlementaires. Boukharine condamna l’anti-parlementarisme, accusé d’être « une doctrine naïve et infantile au-delà de toute critique »[note]– attaques clairement destinées aux IWW et aux syndicalistes révolutionnaires, tel ce délégué des IWW qui avait condamné comme opportuniste la politique parlementaire de l’Internationale communiste, ou William Gallacher, du mouvement écossais des délégués d’ateliers. Souchy accusa la politique du parlementarisme révolutionnaire de rééditer les erreurs de la social-démocratie et accusa les bolcheviks d’être incorrigiblement doctrinaires et de chercher de nouveaux arguments pour soutenir le vieux parlementarisme défraîchi: « Vous êtes des marxistes, et cela suffit; vous êtes théoriquement pleins de préjugés et dogmatiques. » Les marxistes, ajoute-t-il, « ont absorbé l’idée de parlementarisme avec le lait de leur mère, avec ces dogmatiques le parlementarisme est imprégné jusqu’à l’os ». L’argument dut toucher parce que les marxistes détestent être traités de dogmatiques. (On ne prête qu’aux riches.)

Les réserves de Souchy n’étaient pas totalement infondées. En effet, à l’écrasante majorité de son congrès de 1874, la social-démocratie allemande avait à ses débuts affirmé qu’elle restait fidèle à la révolution et à l’action de masse et qu’elle s’engageait dans la lutte parlementaire pour des raisons d’agitation politique. En 1890, les social-démocrates allemands réaffirmaient qu’ils ne participaient aux élections que par opposition, utilisant le parlement comme d’une plateforme d’agitation. Lorsque la guerre éclata en 1914, le parti social-démocrate allemand était englué dans la routine parlementaire. Les syndicalistes révolutionnaires ne voyaient rien dans la rhétorique des partis communistes qui pût les empêcher de suivre la même voie.

Il était clair que si les bolcheviks souhaitaient avoir le soutien du mouvement révolutionnaire européen, et en particulier des syndicalistes révolutionnaires, cela devait se faire sur leurs bases à eux. C’est dans ce sens que Lénine appela les communistes à gagner les travailleurs au Komintern en les détachant de l’anarchisme. Les dirigeants bolcheviks avaient décidé de toute façon de ne tenir aucun compte des opinions divergentes des leurs dans la mesure même où ils s’étaient garanti une majorité confortable au congrès et dans les commissions. « Les social-démocrates étaient si persuadés de détenir la vérité qu’ils se bornaient à formuler leurs points de vue, décidés d’avance à ne tenir aucun compte des remarques de leurs antagonistes », dit Rosmer.

La commission chargée de la question syndicale se vit ainsi présidée par un antisyndicaliste notoire, Karl Radek que Pestaña qualifiait de « antisinidalista rabioso » – antisyndicaliste enragé .[note]
« Radek avait été désigné comme rapporteur, et c’est lui qui avait rédigé les thèses bien qu’il n’eût aucune compétence particulière dans ces questions. Il abordait un problème difficile avec la mentalité d’un social-démocrate allemand pour qui le rôle subalterne des syndicats était chose établie et qu’il n’était plus la peine de discuter. »[note]. Selon Rosmer, toujours, l’opinion des bolchevik était formulée avec une telle brutalité « qu’elle ne pouvait que heurter et certainement pas convaincre ».

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