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(fr) Anarchisme en Afrique

From worker-a-infos-fr@ainfos.ca
Date Thu, 11 Apr 2002 12:21:23 -0400 (EDT)


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   A G E N C E  D E  P R E S S E  A - I N F O S
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Note: présenter la nécrologie d'un camarade plus de deux
ans après son décès peut surprendre, et nécessite
sans doute une explication. Sur la liste de discussion
électronique «organise», qui rassemble quelques centaines
d'anarchistes organisationnels de par le monde, arriva un
jour Wilstar Choongo, assistant-bibliothécaire Zambien,
 et anarchiste autodidacte ayant accès à usenet du fait de
sa profession. Wilstar fut plusieurs mois un passionnant
interlocuteur de la liste, puis n'y écrivit plus, et ne répondit
plus au courrier. Il n'était  pas difficile d'imaginer mille
raisons à cela, mais à peu près impossible  d'en savoir
davantage: la précarité du militantisme, notamment
anarchiste, dans un pays sans aucune tradition de ce point
de vue,  l'explique aisément . Nos camarades d'Afrique
du sud viennent d'apprendre qu'en fait, Wilstar était mort.
Cet article  nous rappelle que l'idée anarchiste se décline
sous toutes les latitudes. Wilstar ne verra pas l'éclosion
du mouvement libertaire africain qu'il appelait de ses voeux.
D'autres que lui y travaillent désormais. Qu'ils se
souviennent de cet assistant-bibliothécaire qui créa le
premier mouvement anarchiste connu d'Afrique Centrale.

Nécrologie: hamba kahle Wilstar Choongo!

Le mouvement anarchiste international déplore le décès de
Wilstar Choongo, fondateur de l'Anarchist and
Workers' Solidarity Movement (AWSM) de Zambie.
Anarchiste autodidacte, Wilstar s'est signalé pour la
première fois à l'attention du mouvement en 1996, par son
combat solitaire pour l'augmentation des salaires
des employés de l'Université de Zambie (UNZA), où il
travaillait en tant que bibliothécaire - et où il a constitué
une formidable collection d'ouvrages anarchistes à
l'intention des étudiants.

Ancienne colonie britannique, la Zambie a acquis son
indépendance sans lutte notable en 1964. Les 30 ans
de régime socialiste africain de Kenneth Kaunda se sont
révélés désastreux. L'économie est resté
essentiellement minière, l'agriculture a périclité tandis que les
fermiers se précipitaient dans les villes en
raison des subventions urbaines pour la nourriture. Puis,
l'effondrement des cours du cuivre au milieu des
années 1970 a ruiné tous les espoirs de développement.
Quand Kaunda a été battu,à l'occasion des
premières élections démocratiques de 1991, par l'ancien
secrétaire général du Congrès Syndical
Zambien Frédéric Chiluba, le cadre était dressé pour le
démantèlement néo-libéral d'un pays déjà
drastiquement affaibli.

Alors que Chiluba s'était hissé au pouvoir sur le dos d'une
classe ouvrière pro-démocratique, son
Mouvement pour une Démocratie Multipartite révéla bientôt
sa vraie nature. Tout groupe organisé de
citoyens doit être enregistré annuellement par la police, et
exécution comme tortures ont repris après 7 ans
de sursis. Quoique la Zambie ait été sous Kaunda le refuge
de nombreux combattants des luttes Africaines
de libération nationale et de groupes de guerilla (parmi
lesquels l'ANC/ MK), le fait de n'avoir jamais eu à
se battre pour sa propre indépendance eut comme
conséquence l'absence de toute tradition de contestation
populaire, et une gauche minuscule représentée par le
Socialist Caucus, un groupe de discussion
marxiste-léniniste à l'UNZA.

Les habitants des bidonvilles mangent littéralement la terre
pour les minéraux qu'elle contient. Pendant les
15 jours que j'ai passés là-bas, 5 employés de l'UNZA ont été
enterrés après être morts de malnutrition -
ceci, alors que les gros et gras employés des ONG
néo-libérales dirigeant l'ajustement structurel de la
Zambie s'exhibaient en Lancruisers Toyota avec des plats
high-tech.

C'est contre cette situation que Wilstar a défié à lui seul
l'administration universitaire tout entière dans le but
d'obtenir une augmentation salariale pour le personnel.
Wilstar fut trainé en procès, mais cela ne lui fit pas
courber la tête, et il gagna l'augmentation, ce qui
encouragea des travailleurs faméliques à se battre pour
obtenir davantage. C'est cette lutte qui l'amena sur la liste
anarchiste de discussion électronique «organise»
où il établit des liens avec notre Worker's Solidarity
Federation (WSF) d'Afrique du Sud.

Wilstar est né à Kalomo, une ville de la province méridionale,
dans une famille de petits paysans. Il arriva à
l'UNZA en tant que bilbiothécaire. Il a écrit en 1995 et 1996,
dans le journal d'opposition «The Post», des articles
critiques sur la nouvelle constitution de Zambie qui était en
cours d'élaboration. Il y argumentait en faveur d'une
décentralisation du pouvoir. En 1996/1997, il fut le pilier du
soutien à un groupe d'étudiants qui avait été viré de
l'UNZA pour avoir osé appeler à une réunion «hors-partis».

J'ai rencontré Wilstar pour la première fois quand il m'a invité
en Zambie en août 1998, en tant que délégué
de la WSF, pour donner une conférence publique sur
l'ennemi commun des travailleurs Zambiens et
Sud-Africains. C'était un homme amical, flegmatique et
toujours près à sourire. Je ne suis pas parès d'oublier
nos ferventes discussions sur les stratégies anarchistes,
assis sur le lit de son appartement minuscule en
mangeant des oeufs, du pain et des oranges. Peu après
ma visite, lui et la plupart des jeunes de l'association
pour l'amitié entre l'UNZA et Cuba du Socialist Caucus, qui
s'étaient convertis à l'anarchisme, créèrent
l'AWSM (parfois connue sous le nom d' Anarchist Workers'
Group - Zambie), la première organisation
anarchiste connue en Afrique du Centre, qui de plus
réunissait étudiants, employés et travailleurs.

Wilstar décida que l'AWSM ne devait pas devenir une
section de la WSF à cause des grandes distances
entre Zambie et Afrique du Sud, mais il espérait maintenir
des contacts réguliers, ainsi qu'un soutien matériel
et idéologique. Au début de 1999, la WSF proposa à l'AWSM
de devenir une section de la WSF, les sections
Sud-Africaine et Zambienne se fédérant horizontalement.
Mais il advint que la WSF s'est dissoute en sepembre
1999 pour cause d'inefficacité dans ses méthodes
organisationnelles, et a été remplacé par les Bikisha Media
Collective, Zabalaza Books et Anarchist Union, bien plus
productives. Notre dernier contact avec Wilstar
remonte au 15 juillet 1999. Et nous n'avons pas été mis au
courant de sa mort peu après, à l'âge de 35 ans,
des suites de la malaria compliquée d'une méningite.

Stoïque jusqu'à la fin, il n'avait même pas mentionné sa
maladie à ses camarades. Il a laissé une femme et
trois jeunes enfants. Cette nécrologie arrive si tard du fait
des problèmes critiques de communication entre
travailleurs en Afrique. L'AWSM ne semble pas avoir
survécu à Wilstar. Mais même si sa mort à interrompu
ses efforts pour construire un mouvement anarchiste en
Afrique Centrale,l'exemple donné par Wilstar d'un
anarchisme mis en pratique et en action directe reste
connu comme une grande contribution à l'éthique de
la gauche émergente dans cette région. Un militant du
Socialist Caucus le décrit ainsi: «Il n'était pas du genre
à suivre son propre intérêt. Sa mort est une perte
extrêmement lourde pour l'ensemble de notre fragile
gauche,
et l'UNZA en est encore bouleversée.»  Comme nous
disons en Afrique du Sud quand meurt un militant:
«Hamba kahle (bonne route), camarade Wilstar!»

Michael Schmidt (Bikisha Media Collective, Afrique du
Sud). Trad: Relations internationales de la Fédération
Anarchiste (France et Belgique)




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